AFRIQUE | Le Fardeau de l'Homme Blanc (A Lire)


Dans le dernier demi-siècle, les pays riches (G8) ont versé 2.300 milliards de dollars d'aide au pays en voie de développement( et particulièrement en Afrique), sans réussir à éradiquer la pauvreté. 
Dans ce livre très intéressant, l'économiste William Easterly analyse cet échec en démontrant les mythes de l'aide au développement, souvent dus à l'illusion de l'homme blanc de pouvoir planifier le progrès des pays pauvres. Selon Easterly, les pays pauvres n'ont besoin ni d'une « aide massive » sous la forme d'une injection de capitaux, ni d'une « thérapie de choc » administrée par le Fonds monétaire international, ni d'un paternalisme appuyé par les armées de l'homme blanc. Ils ont besoin de développer leurs propres marchés. Les pays riches devraient les épauler dans leurs efforts concrets, issus de leur propre inventivité, plutôt que leur imposer un modèle économique préconçu. 
Le fil rouge du livre se décline dans le clivage entre l’attitude des « Planistes » et celles des « Essayeurs ». Les premiers pensent savoir quoi faire et comment le faire. Et généralement ils pensent en grand. Face à ce manque d’humilité typique de l’hubris du constructivisme – quel qu’il soit, les « Essayeurs » raisonnement plutôt « petit », tentant d’amener des ajustements qui se mettent en place peu à peu, et de manière symbiotique avec le terreau institutionnel local. Cette approche, plus humble, est beaucoup plus en phase avec l’évolutionnisme.

Les deux versions du constructivisme se heurtent à un problème de connaissance : connaissance des institutions locales (le fonctionnement de la prise de décision collective dans telle ou telle tribu), connaissance des contraintes locales (en matière de sols dans l’agriculture par exemple). Mais c’est surtout le feedback de la part des intéressés qui est généralement absent, de même que le fait d’être tenu pour responsable de telle ou telle politique, ce que les anglophones appellent « accountability ». En effet, le problème des agences d’aides, comme dans toute bureaucratie, est qu’elles se concentrent sur « ce qui se voit » et sur ce qui peut leur être directement attribué comme succès, ce qui, bien souvent, ne correspond pas aux besoins réels des populations. Par ailleurs les mécanismes d’aides passent par les kleptocraties locales qu’on maintient ainsi au pouvoir par l'interventionnisme de l'aide.
Face à l’utopisme de nombre de politiques du développement, Easterly peut sembler quelque peu pessimiste sur les possibilités d’intervention. Mais il demeure pour autant optimiste quant au développement lui-même. Le salut viendra de la liberté, et en particulier de la liberté économique. Seule celle-ci permet de faire émerger l’entrepreneuriat, une société de « Essayeurs », qui sous-tend réellement le développement. Les politiques de développement ont justement bien souvent entretenu le manque de liberté, même quand elles l'ont placé comme objectif. En stoppant cette interventionniste plus inhibiteur que salvateur, la liberté reprendra tôt ou tard ses droits. 
Et le développement suivra.